Lettre n° 18 : Pour une ville accessible à tous

La situation de handicap, c’est la rencontre entre une personne et un environnement matériel ou social inadapté aux capacités de cette personne. Chacun.e peut, à tout moment, y être confronté.e parce qu’une forme de « validisme » prévaut dans l’aménagement des villes, qui sont essentiellement conçues pour des personnes adultes disposant de toutes leurs capacités physiques et intellectuelles. Comment rendre nos cités plus inclusives pour que les personnes âgées, les femmes enceintes, les jeunes enfants, les personnes porteuses des séquelles d’un accident ou d’une maladie, puissent se déplacer et accéder à une vie sociale ordinaire ?

Une loi pour favoriser l’inclusion

La loi du 11 février 2005, qui reconnaît différentes formes de handicap (physique, sensoriel, mental, cognitif ou psychique), constitue une véritable révolution : création des maisons départementales des personnes handicapées, compensation financière du handicap, incitation à l’embauche de personnes handicapées (6% minimum dans les établissements de plus de 20 salarié.e.s), garantie de la scolarisation des plus jeunes, meilleur accès aux soins médicaux… Toutes ces mesures devaient aider substantiellement les personnes à mieux vivre.

Une loi mal appliquée

Leur mise en œuvre s’avère néanmoins problématique, à tel point qu’en 2015, le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe a épinglé la France sur les conditions de vie des personnes en situation de handicap.

Leur proportion dans l’emploi reste souvent inférieure au seuil de 6%, avec des employeurs qui préfèrent verser des pénalités financières plutôt que d’aménager les postes de travail. La scolarisation d’enfants présentant des troubles du comportement est difficile en milieu ordinaire, faute d’encadrement approprié. Le nombre de places en établissements spécialisés pour les personnes ayant un handicap mental est notoirement insuffisant (plus de 1800 places manquantes dans le Finistère selon l’ADAPEI 29) : certains parents sont contraints d’arrêter de travailler pour s’occuper de leurs enfants qui ne sont accueillis nulle part ! Pour les personnes atteintes de pathologies psychiques, les durées des séjours hospitaliers ont été réduites mais les moyens dédiés au suivi à l’extérieur de l’hôpital font défaut. Et, plus de 10 ans après la loi fondatrice, l’accessibilité reste un point faible : la chaîne du déplacement du logement au service public n’est pas assurée et les « agendas d’accessibilité programmée » ne font que proroger les délais nécessaires aux travaux d’amélioration.

Des points noirs à Morlaix

En plusieurs endroits de la ville, les cheminements sont difficilement praticables par les personnes à mobilité réduite (quartier Saint Mathieu par exemple). Les transports publics ordinaires ne leur sont pas accessibles (mais il existe un service spécifique à la demande « flexoPMR ») . Certains bâtiments publics sont également inadaptés : la bibliothèque du centre-ville, la MJC, le CCAS, pour ne citer que les principaux. N’y a-t-il pas quelque incohérence à investir dans de nouveaux équipements (réalisation d’une plateforme culturelle) quand ceux qui existent (bibliothèque) ne sont pas aux normes ?

Si la commune est loin d’être exemplaire, les entrées de nombreux commerces ne sont pas non plus aménagées pour les personnes en fauteuil. Il ne s’agit pas de dire que les choses sont simples, car les aménagements ont un coût. Mais il manque clairement une volonté partagée, avec l’affichage et la mise en œuvre d’une priorité.

Des solutions existent

Pour l’aménagement de l’espace public et de la voirie, l’accessibilité aux bâtiments publics et aux transports publics, l’adaptation des logements, il est indispensable d’agir dans la durée. Lorsque c’est le cas, comme dans de nombreuses villes suédoises, à Milan en Italie ou à Grenoble en France, des résultats significatifs sont obtenus.

Et il faut savoir prendre en compte la diversité des situations de handicap. Il peut être utile de doubler les feux tricolores d’un dispositif sonore pour accompagner les aveugles et mal-voyant.e.s lors de la traversée des passages piétons, ou encore de mettre en place des bandes rugueuses, voire des rambardes en certains endroits. Pour les malentendant.e.s, une boucle magnétique peut résoudre en partie le problème dans les salles de cinéma, de conférence ou de spectacle. Des pictogrammes compréhensibles par tous peuvent faciliter la vie des personnes ne maîtrisant pas la lecture. Les rampes d’accès permettant d’annihiler les différences de niveau au seuil des magasins sont réalisables à peu de frais lorsqu’elles sont amovibles.

Les améliorations bénéficient à toutes et à tous

Quand on cherche à prendre en compte les situations de handicap, on améliore la situation de toutes et tous. Des trottoirs plus larges, au sol régulier, non encombrés par le mobilier urbain apportent davantage de confort à tous les piétons et facilitent le passage des poussettes d’enfants. Les dispositifs destinés aux malvoyant.e.s ou aux malentendant.e.s peuvent se révéler utiles aux personnes âgées. Des pictogrammes destinés aux non lecteurs peuvent faciliter l’apprentissage des règles de sécurité par les jeunes enfants.

Un combat pour la dignité

Il n’est pas supportable que des personnes soient rejetées parce qu’elles ont telle ou telle limitation de leurs capacités. Accepter que certain.e.s d’entre nous subissent des restrictions d’accès à la vie sociale, alors que nous pourrions l’éviter, c’est renoncer au principe d’égalité et porter atteinte à la dignité de toutes et tous.

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