Morlaix, une ville paupérisée

1) Le diagnostic

Synthèse :

La paupérisation de la ville est visible à travers un certain nombre d’indicateurs dont les plus significatifs sont les suivants : à Morlaix, environ un habitant sur 5 vit en-dessous du seuil de pauvreté et un actif sur 5 est au chômage. Pour ces deux indicateurs, les données sont deux fois supérieures à celles des autres communes de Morlaix communauté. En outre, près d’une personne sur 8 vit dans une famille mono-parentale et plus d’un logement sur 6 est vacant (2,5 fois plus que dans les autres communes de Morlaix Communauté). Ces données sont issues des statistiques officielles du recensement 2016 – moyenne des années 2014 à 2018.

Dans le détail :

La pauvreté se lit d’abord dans les revenus : A Morlaix, 58% des ménages ont des revenus trop faibles pour payer l’impôt sur le revenu, contre 50,1% dans les autres communes de Mx Co. La moitié des ménages ont un revenu annuel par unité de consommation inférieur à 19036 €, alors que le revenu médian se situe autour de 21000 € pour l’ensemble des autres communes de Mx Co, et un ménage sur 10 a un niveau de vie inférieur à 9983 € soit 832 euros par mois. Ainsi, 19% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté qui était de 1026 euros par mois pour une personne seule en 2016. C’est bien plus que le taux moyen en France (14% en 2016) et que celui des autres communes de Mx Co (9,6%).

Cette pauvreté est liée à la situation de l’emploi : A Morlaix, un actif sur cinq est au chômage (20,6%) ; c’est presque deux fois plus que la moyenne des autres communes de la communauté (11,3%). 15,3% des emplois sont précaires (CDD, intérim ou emplois aidés). Là encore, c’est presque deux fois plus que les autres communes de Mx Co.

Elle est également liée à une population plus fragile. Les ménages constitués d’une seule personne représentent 53,4% des ménages et 29,8% de la population. Et près d’une personne sur 8 vit dans une famille monoparentale (12,1% de la population, contre 7,5% pour les autres communes de Mx Co). Les ménages appartenant à ces deux catégories ne sont évidemment pas tous concernés par la pauvreté, mais ils y sont plus exposés. De même, les jeunes adultes, qui sont aujourd’hui plus souvent touchés par la pauvreté que leurs aînés compte tenu des difficultés d’entrée dans la vie active, sont 1,5 fois plus nombreux à Morlaix que dans les autres communes de Mx Co (18,6% de la population a entre 15 et 29 ans à Morlaix, contre 12% dans les autres communes).

Enfin, la pauvreté est associée à un manque d’attractivité de la ville. De nombreuses personnes passent à Morlaix : 10,3% des Morlaisien-ne-s vivaient dans une autre commune un an auparavant. Mais cela n’empêche pas la population de décliner car beaucoup de personnes également quittent la ville, notamment les jeunes couples qui veulent acquérir un logement pour s’y installer avec des enfants. Le slogan de l’équipe municipale « Morlaix, tu testes, tu restes ! » est malheureusement un vœu pieu.

2) Quelles sont les raisons de cette paupérisation ?

Précisons tout d’abord qu’elles ne sont pas toutes « négatives » : la concentration de la pauvreté à Morlaix provient en partie de conditions qui y facilitent l’installation et la vie des personnes à faibles ressources. Morlaix a une offre de logements locatifs importante et à prix raisonnables (appartements dans le secteur privé et logements sociaux). La ville dispose également de services sociaux de proximité (CCAS, pôle emploi, associations humanitaires…) et permet d’accéder à un réseau de transports publics (bus, train). Il n’y a pas lieu de s’en plaindre, bien au contraire. En revanche, la vétusté et le manque d’entretien d’un certain nombre de logements, notamment au centre-ville est un facteur pénalisant sur lequel il conviendrait d’agir.

Mais là où la ville semble surtout défaillante, c’est dans son incapacité à retenir une population appartenant aux classes moyennes ou aux catégories populaires bénéficiant d’une bonne intégration dans l’emploi. L’une des raisons, déjà évoquée, c’est la pression fiscale excessive par rapport aux communes voisines. Une autre est le peu d’attrait de la ville, et notamment de son centre, pour des couples avec enfants : le manque d’animation et l’atonie du commerce, l’omniprésence de la voiture (circulation, parkings) et une insécurité ressentie (et pas forcément réelle) font que la plupart des couples considèrent que la ville n’a pas grand-chose à offrir pour contrebalancer leur idéal de vie tranquille dans une « maison avec jardin ». Certains déchantent ensuite quand il faut multiplier les déplacements pour accompagner les enfants dans telle ou telle activité, mais les choix d’installation ne sont pas facilement réversibles lorsqu’il y a acquisition d’un logement. De plus, les personnes diplômées ne trouvent pas toujours d’emploi stable à proximité en raison du manque de dynamisme de l’économie locale.

On a donc un double mouvement qui conduit à la fois à une chute de la population et à un insuffisant brassage social.

3) Les données

Laisser un commentaire