Lettre n°5 : Morlaix face au défi climatique

L’écologie s’est imposée comme une question centrale. Il est désormais clair que le manque de réalisme est du côté de ceux qui pensent que nous pouvons continuer à négliger les impacts de nos activités sur la nature, et non du côté de ceux qui aspirent à changer notre manière de produire et de consommer. Face au dérèglement climatique, nous devons réduire notre consommation d’énergie et, dans les 10 ans, couvrir nos besoins locaux par une production d’énergie renouvelable.

S’adapter au défi climatique

S’adapter, c’est notamment végétaliser la ville (il ne s’agit pas seulement de la « fleurir » !). Cela permet d’absorber du carbone et de limiter localement les pics de température (sans parler des effets favorables sur la santé et la biodiversité). C’est aussi déployer un ensemble de mesures pour limiter les risques d’inondation et de submersion qui vont s’accroître et sur lesquels nous reviendrons.

Économiser l’énergie

On peut le faire en agissant sur les déplacements : développement des transports collectifs (voir lettre précédente), du covoiturage et des transports doux, marche à pied et vélo, où tout ou presque reste à faire (Morlaix est classée en catégorie F par la Fédération des Usagers de la Bicyclette, sur une échelle de A à G !).

L’agence Heol fournit une assistance aux communes qui souhaitent réduire leur consommation d’énergie, mais Morlaix n’y recourt pas. L’isolation de certains bâtiments municipaux est déficiente, ainsi que les suivis de consommation. Malgré quelques efforts bien tardifs, l’éclairage public est encore utilisé de manière abusive et irrationnelle (trop de durée et de points d’éclairage, pas d’utilisation de détecteurs de présence, etc.).

On peut aussi agir sur l’habitat. Limiter la dispersion des logements et l’étalement urbain permet de s’affranchir plus facilement de la dépendance à la voiture. De nombreuses communes ont mis en place des « écoquartiers » (idée refusée par Mme Le Brun à Troudousten). Un soutien actif aux opérations d’isolation thermique par les particuliers, avec un service local offrant diagnostic du logement/proposition de travaux/ingéniérie financière, remplacerait avantageusement les insupportables appels téléphoniques commerciaux. Et la ville doit inciter les bailleurs sociaux à poursuivre la rénovation de leurs immeubles (certains logements sont encore des passoires thermiques).

Des initiatives conjointes entre collectivités et organismes de formation (IUT, AFPA) permettraient de redonner du pouvoir d’achat aux occupants, de revaloriser les traditionnels métiers du bâtiment, d’insérer des chômeurs dans l’emploi et de favoriser l’émergence de petites entreprises innovantes, avec un fort potentiel de développement.

La ville peut aussi être motrice via sa politique d’achats : cantines scolaires approvisionnées en bio (certaines communes ont leurs propres maraîchers !), réduction de la part carnée dans l’alimentation, soutien à la monnaie locale, appels d’offre comportant des clauses de « protection du climat », contractualisation auprès d’un fournisseur d’ énergie renouvelable, etc. Dans tous ces domaines, les élus majoritaires se montrent extrêmement frileux.

La communauté peut également favoriser le passage à une agriculture moins émettrice de gaz à effet de serre, en ciblant mieux les aides accordées aux agriculteurs et, pourquoi pas, en impulsant la mise en place de formations continues en partenariat avec les organismes agricoles et le lycée de Suscinio.

Développer les énergies renouvelables

Morlaix Communauté soutient la filière bois-énergie : le CO2 émis par la combustion correspond à ce qui a été préalablement absorbé lors de la pousse (mais il faut garder en tête que les chaudières à bois émettent aussi des particules fines).

Il y a quelques années, une étude communautaire montrait que l’énergie éolienne pouvait couvrir facilement la moitié de la consommation électrique locale. Toutefois, pour ne pas brader le territoire aux grands groupes privés, les projets devraient s’appuyer sur des financements participatifs et sur des investissements publics locaux, ce qui lèverait certaines réticences et générerait des retombées positives plus importantes. D’autres ont su le faire, pas nous…

Sur le solaire, les collectivités locales ont un devoir d’exemplarité : elles ne devraient pas construire un nouveau bâtiment sans en équiper la toiture de panneaux photovoltaïques, d’autant qu’elles en retireraient un bénéfice financier. Faut-il, comme dans certaines communes allemandes, rendre obligatoire la pose de panneaux solaires par les particuliers lors des rénovations de toiture ? Ou est-il plus judicieux de créer une coopérative locale de producteurs d’énergie équipant en panneaux solaires les toits bien exposés loués à des propriétaires volontaires (cela se fait déjà en Rhône Alpes) ? Quoi qu’il en soit, la ville doit impérativement soutenir activement le solaire, au lieu de freiner des quatre fers.

Le changement de modèle : nécessité et opportunité

Les mouvements citoyens exigeant des actions immédiates se renforcent. Mme Le Brun leur a répondu en regrettant la tenue d’une « marche pour le climat » à Morlaix ! Quel contraste avec ces maires qui ont compris l’urgence de l’enjeu et le montrent, l’un en portant plainte contre l’État pour inaction climatique, un autre en supprimant les panneaux publicitaires qui poussent à la surconsommation, d’autres encore en multipliant les initiatives concrètes pour sortir des fossiles et du nucléaire.

Tout près d’ici, à Landivisiau, l’État veut verser des sommes considérables à Total pour financer le fonctionnement d’une centrale à gaz (énergie fossile et importée). Les élus locaux doivent dire clairement que ce type d’investissement est totalement obsolète et qu’il faut réserver les aides financières pour les économies d’énergie et les renouvelables, qui constituent une formidable opportunité de créer des emplois de proximité, durables et non délocalisables.

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