Lettre n°15 : Alerte sur la ville !

Au moment où Morlaix vient d’adopter son budget pour 2020, quel est l’état de la ville ? Le diagnostic qu’on peut établir à partir des données officielles (celles des recensements 2014-2018, que l’INSEE affecte à l’année 2016) est particulièrement préoccupant. Sommes-nous en mesure de réagir ?

Une population qui s’effondre

La population morlaisienne subit une lente érosion depuis plusieurs décennies. Mais, dans les dernières années, la chute s’est brutalement accélérée. La population est passée de 15549 habitants en 2011 à 14721 habitants en 2016 soit une baisse de 828 habitants. Si l’on ne prend en compte que les moins de 60 ans, il s’agit d’une véritable hémorragie, avec 1360 habitants perdus en 5 ans ! Morlaix se dépeuple et vieillit. La comparaison avec les communes périphériques s’avère éclairante. En 1990, Morlaix comptait à peu près le même nombre d’habitant.e.s que l’ensemble des communes qui l’entourent. Aujourd’hui, elle en a 4000 de moins.

Cette baisse s’accompagne logiquement d’un taux de vacance des logements élevé et en augmentation constante. 17,1% des logements morlaisiens étaient vacants en 2016 (plus d’un sur six) contre 13,6% en 2011. En 5 ans, on comptabilise 363 logements vacants supplémentaires, soit une hausse de 27,5%.

Une population qui se paupérise

Sur la période de recensement 2014-2018, le taux de pauvreté était de 19%, ce qui signifie que près d’un morlaisien sur cinq vivait en-dessous du seuil de pauvreté. En proportion, c’est deux fois plus que dans les autres communes de Morlaix Communauté.

Morlaix souffre également d’un chômage très élevé. 20,6% des actifs morlaisiens étaient au chômage, alors qu’à la même période, au plan national, le taux de chômage au sens du recensement était de 8,9 %.

Une ville qui se dévitalise

Au centre-ville, chacun.e peut constater que de plus en plus de devantures de magasins restent désespérément closes. Dans l’hypercentre, les journalistes du Télégramme ont dénombré 99 commerces vides contre 283 commerces occupés, soit un taux de vacance de 26%. Il y a bien quelques ouvertures à la veille des fêtes, mais ce sont le plus souvent des affaires sans lendemain.

Tout aussi préoccupante est l’évolution de l’emploi global dans la zone : le nombre de morlaisien.ne.s ayant un emploi et le nombre d’emplois total dans la commune ont tous deux chuté de près de 1000 personnes en 5 ans, le premier passant de 6182 à 5196 et le second de 11995 à 11024 entre 2011 et 2016.

Une pression fiscale excessive

Les écarts de pression fiscale entre Morlaix et les communes périphériques sont considérables. Ils se sont accentués depuis la mise en place de la communauté d’agglomération et, plus encore, depuis l’entrée en fonction d’A. Le Brun. À titre d’exemple, en 2018, par habitant, la taxe d’habitation de Morlaix était supérieure de 120% à celle de Plouigneau (l’écart était de 71% en 2008) et la taxe sur le foncier bâti de 143% (l’écart était de 107% en 2008 et de 91% en 2000). Les données pour les communes de Plourin et Saint-Martin font également apparaître des écarts très importants .

Projets : faut-il croire au père Noël ?
Le budget est le principal levier d’action d’une municipalité. Il s’agit d’affecter les moyens financiers de la commune à des projets qui permettent de construire les conditions d’un mieux-vivre pour l’ensemble de ses habitant.e.s.
Aujourd’hui les finances de la ville sont saines parce qu’il y a eu peu d’investissements et donc peu d’emprunts dans les dernières années. Mais le taux d’épargne brute de la ville n’est que de 11%. Il est inférieur de 6 points à celui des communes de même strate, qui est de 17%. Ce taux, qui correspond à la fraction des recettes que la ville met de côté pour rembourser ses emprunts et investir, permet-il de dégager les 15 à 20 millions de ressources propres nécessaires au financement des projets phares de Mme Le Brun (Musée + liaison ville haute-ville basse) ? La réponse est clairement « non ». Les travaux de la plateforme culturelle de la rue de Paris ont bénéficié d’un legs providentiel d’un million d’euros, mais il serait bien naïf de croire que le père Noël va passer tous les ans ! En voulant mener seule ces projets, la ville va droit dans le mur.
Les faits sont là : Morlaix est piégée dans une spirale dépressive. Exposée à une pression fiscale excessive, elle est sinistrée sur le plan démographique, social et économique, et ne dispose pas des moyens financiers de rebondir. Seuls un changement profond de politique et un partenariat réel avec Morlaix Communauté permettront de la redynamiser. Cela passe peut-être également par la mise en place d’états généraux réunissant l’ensemble des forces vives du territoire.

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