Lettre n°12 : Des déchets à ne plus savoir qu’en faire

La gestion des déchets ménagers est l’une des principales compétences de Morlaix Communauté. C’est même celle qui pèse le plus, avec un coût de 260 euros par foyer fiscal. 50 000 tonnes sont collectées chaque année, soit en moyenne près d’une tonne par personne (dont 250 Kgs de « poubelle noire », le reste dans les sacs jaunes, conteneurs verre et apports en déchèterie).

Pourquoi tant de déchets ?

Les explications sont multiples : prolifération des objets industriels jetables et disparition des artisans locaux, obsolescence programmée, évolution des modes de vie (temps contraint par le transport et le travail = moins de temps disponible pour la préparation des repas par exemple), allongement des circuits de distribution s’accompagnant d’un renforcement des impératifs sanitaires, suremballage, etc.

Sortir de l’incinération

Aujourd’hui, seuls 25% des ordures ménagères (= hors apports en déchèteries) font l’objet d’un recyclage effectif. Les 75% restants sont incinérés, ainsi qu’une partie du tout venant apporté en déchèterie. L’incinération se fait à Brest ou à Carhaix. Loin de l’image d’Epinal du « feu qui purifie », l’incinération produit des molécules très toxiques (dioxines, furanes…). Malgré des normes de filtration de plus en plus exigeantes et coûteuses, cette pollution se dissémine dans l’air et, parfois, dans la chaîne alimentaire. De plus, une fois mis en place, les fours doivent être alimentés, faute de quoi ce sont les coûts à la tonne qui flambent. La sortie de l’incinération est donc prioritaire pour engager une politique ambiteuse de réduction des déchets. A Morlaix, les élus ont voté en faveur d’une filière sans incinération il y a 20 ans, mais les lobbies ont fait prévaloir leurs intérêts financiers et ce choix n’a pas été mis en oeuvre (Lorient s’est en revanche lancé dans cette démarche).

Comment mieux gérer nos déchets organiques ?

Dans la poubelle noire, on trouve environ un tiers de déchets organiques, eux-mêmes composés en grande partie d’eau, qu’il est absurde d’incinérer. Il est possible de les réduire en traquant le gaspillage alimentaire. Pour ceux qui restent, il faudrait ensuite faire un choix entre compostage et méthanisation. Les tenants de la première option considèrent que ce qui vient de la terre doit retourner à la terre (pour l’équilibre des sols). Là où c’est possible (jardin), le compostage individuel doit être privilégié. Sinon, des composteurs collectifs peuvent être mis en place en associant les habitant.e.s, ce qui est d’autant plus facile qu’il existe des jardins partagés. Autre possibilité : un ramassage des biodéchets en porte à porte pour alimenter une unité de compostage, comme le fait Lorient. D’autres collectivités ont opté pour la méthanisation. On peut en principe faire rouler des bus ou des camions-bennes avec le biogaz qui en est issu.

Comment mieux gérer les contenants et les emballages ?

Là encore, la réduction à la source devrait être le premier objectif, avant le réemploi puis le recyclage. Certains magasins se font les promoteurs du vrac, les acheteurs apportant leurs contenants (ex : L’épicerie des Jeannettes à Morlaix). De manière générale, les circuits courts produisent moins de déchets : les consommateurs doivent se montrer éco-responsables en soutenant les producteurs qui s’engagent dans cette voie. Mais seule la Loi peut imposer le retour à la « consigne » et interdire les emballages composites et/ou difficilement recyclables et le suremballage. Une vigilance toute particulière devrait s’exercer à l’égard des plastiques qui se morcellent en petites particules et contaminent les cours d’eau et les océans, avec des conséquences dévastatrices sur le vivant.

Les matériaux et les objets de consommation

Au niveau national, des règles et des incitations devraient favoriser la production d’objets durables et réparables et lutter contre l’obsolescence programmée. La collectivité locale doit soutenir les initiatives en matière d’économie circulaire, de ressourceries et de recycleries, qui ne manquent pas, notamment dans l’économie sociale et solidaire : Cellaouate réutilise les journaux pour fabriquer de la ouate de cellulose, utilisable ensuite comme isolant dans le bâtiment, Les Chiffonniers de la Joie et Emmaüs remettent en circulation des meubles et des objets variés, l’association Goupil reconditionne des ordinateurs et les remet en service auprès de personnes à faibles ressources, Le Repair veut promouvoir le réemploi de matériaux de construction par leur revente à prix solidaire pour les travaux des particuliers et des projets artistiques et écologiques.

La tarification

Aujourd’hui, Morlaix Communauté finance la gestion des déchets à travers une taxe sans aucun rapport avec la production de déchets (son montant dépend de la valeur locative du logement). Pour responsabiliser les usagers, plusieurs collectivités ont mis en place un système de redevance incitative, où chacun.e paye en fonction de la quantité de déchets que sa consommation génère. Les dispositifs techniques peuvent être simples (choix du volume du bac et mesure du nombre de présentations) ou élaborés (pesée embarquée, qui implique des investissements conséquents à l’avantage des vendeurs de matériel). La redevance a un effet sensible sur les comportements avec une baisse conséquente des tonnages collectés. En toute logique, elle devrait s’accompagner de la mise en place des moyens pour les usagers de réduire le contenu de leurs poubelles (voir plus haut). Et il serait également souhaitable que les tarifs appliqués tiennent compte des revenus et de la composition du foyer, comme on le fait pour les cantines.

Un choix de société

Si nos déchets ont un coût et marquent la planète de leur empreinte, ils posent aussi la question du sens que nous voulons donner à nos existences. La publicité omniprésente et les frustrations alimentées par l’étalage scandaleux des richesses créent des besoins artificiels et une fuite en avant vers le « toujours plus de biens ». Pour quelle satisfaction ? Sommes-nous des alouettes, et qui tient le miroir ?

2 Commentaires

  1. vous pourriez parler de Terre d’espoir pour le recyclage de tout ce qui est papier

    • Oui, c’est vrai, Terre d’espoir participe activement à la collecte de papier (avec un point de collecte rue de Callac). Cette activité repose sur le bénévolat et a un double intérêt : en plus de son impact environnemental via le recyclage du papier, elle permet le financement d’actions humanitaires. A plus petite échelle, il y a aussi des associations de parents qui organisent des collectes de journaux pour financer des activités périscolaires.

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