Lettre n°10 : Le déclin du commerce de centre-ville, une fatalité ?

Le commerce morlaisien est sinistré. Le qualificatif peut faire peur. Il envoie un message négatif, alors que des commerçants multiplient les efforts pour se maintenir à flot et tenter d’insuffler un peu de dynamisme au centre-ville. Mais se voiler durablement la face ne rend service à personne : il est temps de prendre le problème à bras le corps.

Un diagnostic alarmant : arrêtons de faire l’autruche

Les élus aux manettes tiennent des propos lénifiants. Mme Le Brun déclarait tout récemment : « les clients reviennent ». Quelques années plus tôt, elle indiquait au conseil communautaire : « la liste des nouveaux commerces au centre ville est tellement longue qu’une soirée ne suffirait pas à les évoquer tous ». De son côté, la CCI fait de la rétention d’information : elle refuse de communiquer aux élus communautaires les listings d’ouverture et de fermeture de commerces, indique aux étudiants qui travaillent sur le sujet que ces listings sont payants, n’a aucune donnée à transmettre à la presse…

Pourtant, le diagnostic doit être posé. Si la plupart des villes moyennes rencontrent des difficultés commerciales, Morlaix est dans une situation particulièrement critique. La part des achats des ménages en centre-ville n’y est que de 13%, contre 25% à Landerneau par exemple. C’est le plus mauvais score des villes du Finistère et, en Bretagne, seule Redon fait pire. Le taux de vacance commerciale qui, selon Mme Le Brun, était de 11% en 2017 et serait de 16% aujourd’hui, est en réalité bien supérieur (26% de locaux commerciaux inoccupés dans l’hypercentre selon les comptages des journalistes du Télégramme).

Des causes multiples

Cette situation préoccupante a de multiples explications : développement des zones périphériques, chute et paupérisation de la population du centre-ville, insuffisante attractivité touristique, inondations récurrentes, croissance du e-commerce, problèmes de stationnement, niveau des loyers commerciaux dans certaines rues, stratégies commerciales parfois indadaptées (horaires, prix,…). Et l’on peut très vite être confronté à un cercle vicieux, les fermetures se traduisant par une insuffisante diversification de l’offre, qui vient en retour renforcer la désaffection de la clientèle. Mais les élus ont des clés pour agir sur certains de ces phénomènes. En voici quelques exemples.

Enrayer le développement des zones périphériques

Le sur-développement des zones périphériques est bien plus important ici qu’ailleurs. Morlaix communauté compte près de deux fois plus de mètres carrés de grandes et moyennes surfaces commerciales par habitant que la moyenne nationale pour le commerce alimentaire, et l’écart est encore plus grand pour les autres types de commerce (source : étude Lestoux et associés pour Mx Co 2017). Ces surfaces ont augmenté de 38% entre 2008 et 2016, alors que la population régressait. Les élus ont laissé faire jusqu’à très récemment, voire ont encouragé le phénomène. Faut-il rappeler qu’il y a une dizaine d’années, une majorité « de gauche » voulait confier le développement d’une nouvelle zone d’activités de 40 ha à Langolvas à un promoteur privé, ou que le conseil communautaire soutenait le projet de regrouper à Plourin près de l’hôpital les activités médicales situées aujourd’hui au centre-ville ? Et la délocalisation de services publics en périphérie (pôle emploi) n’aide pas. Une attitude volontariste des élus est indispensable pour inverser le cours des choses.

Faire baisser les loyers commerciaux

Morlaix a signé une convention de revitalisation du territoire. Cela l’autorise à exonérer de taxe foncière, partiellement ou en totalité, les locaux commerciaux du centre-ville, avec obligation pour les propriétaires de répercuter les baisses sur les loyers. Mais il ne s’agit pas de mettre à contribution les ménages morlaisiens pour compenser les pertes de la commune : cette opération devrait être menée en partenariat avec Mx Communauté.

Renforcer l’attractivité touristique

La ville a un patrimoine remarquable à faire valoir. Encore faut-il attirer le chaland. La politique d’animation estivale est manifestement un échec. Morlaix était l’une des trois villes pionnières en France pour les arts de la rue il y a 25 ans. Plusieurs dizaines de milliers de personnes assistaient aux spectacles chaque été, très loin de ce qu’on observe aujourd’hui. Le Musée non plus ne fait pas recette, si l’on compare au fonds culturel Leclerc à Landerneau. Pourtant, le budget du premier n’a rien à envier à celui du second. Mais, là où le second mise sur d’ambitieuses expositions temporaires, le premier étouffe sous le poids de la rénovation du bâti et de la conservation de ses collections permanentes. Est-il juste que les morlaisiens assument seuls cette fonction, qui est indispensable mais n’a que peu de retours pour la ville ? Dans un autre registre, quand les élus majoritaires ont des projets urbains ambitieux, comme la liaison entre la gare le centre-ville, ils ne prennent absolument pas en compte la dimension touristique. Là aussi, le volontarisme devrait être de mise.

Faire revenir la population au centre-ville

Améliorer l’habitabilité de la ville, y compris pour les familles avec enfants, passe notamment par le fait de libérer certains espaces urbains de l’emprise de la voiture. Il faut des rues, des places, des squares où les enfants puissent jouer en sécurité, des endroits où flâner sans être indisposé par le bruit des moteurs et les fumées d’échappement. C’est pourquoi les solutions telles que la construction de parkings supplémentaires ou la gratuité du stationnement doivent être examinées avec précaution. En revanche, la création d’infrastructures cyclables, la mise en place de parkings périphériques desservis par des navettes ou le renforcement du réseau de bus intercommunal semblent aller dans le bon sens. Améliorer l’habitabilité passe aussi par des opérations de rénovation des logements vétustes et une réflexion sur l’accès aux étages là où celui-ci est condamné par l’occupation commerciale des rez-de-chaussée. Et si l’on veut se réapproprier l’usage de l’ancien, ne donnons pas systématiquement la priorité au neuf. Par exemple, est-il logique de construire des résidences étudiantes à Morlaix, a fortiori à Plourin, quand tant de logements du centre-ville sont vacants ?

De multiples actions seront nécessaires pour agir sur l’enchevêtrement complexe des causes du déclin. C’est un combat qu’il faut mener car, au-delà du commerce lui-même, c’est la convivialité au cœur de la ville qui est en jeu.

2 Commentaires

  1. Pas besoin de la CCI pour constater la fermeture des magasins en centre ville ! J’en ai compté 11 dans la grand-rue, la rue commerçante de Morlaix par excellence !

  2. Il importe de définir comment le centre-ville peut redevenir attractif ,pour y faire revenir des habitants car il suffit de regarder à 20H le nombre de fenêtres éclairées entre le bassin et l’extrémité de la rue de Paris pour constater que la ville se vide !Quelques critères essentiels:
    1des logements confortables réhabilités et des loyers supportables
    2 des services de proximité publics et privés (médicaux , alimentation…)le retour des services exilés (pôle emploi, mission locale , Carsat..)
    3 des écoles et des services de garderie 4 1 offre culturelle proche(médiathèque)
    5des espaces de nature , de calme, de détente 6 la qualité de l’air, de l’eau , du silence 7du stationnement réfléchi (auto, vélo)sécurisé et des transports publics , 8 un développement volontaire des circulations douces pour diminuer l’emprise des voitures (Plus de 10000V/J rue Carnot )
    voilà quelques priorités pour revaloriser l’enjeu de vivre au centre ville Il ne s’agit pas de muséifier l’agglomération mais de redonner du plaisir à y résider

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