Lettre n° 23 : La santé, une affaire publique

Pour chacun.e d’entre nous comme pour la collectivité dans son ensemble, la santé est un enjeu majeur. Et la politique de santé reflète la qualité du lien social.

L’hôpital, un organe vital

L’hôpital public a une importance considérable pour le pays de Morlaix : d’une part, il a pour rôle d’offrir à la population un accès complet à des soins de qualité ; d’autre part, il s’agit du premier employeur du territoire avec 2200 emplois (équivalent temps plein). Et si le Ministère a les clés des dotations budgétaires via l’Agence Régionale de Santé, le Maire, président du « conseil de surveillance », a un rôle politique à jouer pour que l’établissement obtienne les moyens nécessaires à son bon fonctionnement.

Cela n’est manifestement le cas aujourd’hui. L’hôpital est confronté à un manque de médecins dans certaines spécialités. Pour compenser, il fait appel à des « mercenaires », qui vendent leurs services au plus offrant, à des tarifs bien plus élevés que les titulaires, et qui ne restent que quelques mois (23 psychiatres en 10 ans dans le même service par exemple). Cela peut provoquer (ou servir de prétexte à) la fermeture de services avec des risques d’effets en cascade (la cardiologie a fermé, ce qui fragilise les urgences).

Le manque de médecins a pour origines la préférence des praticiens hospitaliers pour les grands centres, l’attrait d’un secteur privé plus rémunérateur, les études de médecine longtemps trop contingentées. Le territoire est classé en Zone d’Accompagnement Renforcé, ce qui devrait en principe permettre de bénéficier de « contrats d’engagement de service public » (bourses offertes à des étudiants en médecine en contrepartie d’une installation en zone déficitaire) mais le dispositif est inopérant ici.

La mise en réseau des hôpitaux, nécessaire à la qualité des soins, est instrumentalisée pour transférer des activités à Brest (la stérilisation en 2023), avec le risque d’une perte en autonomie et efficacité de gestion. Le nombre de places et de lits se réduit. Les rapports public/privé aboutissent à une concurrence biaisée (médecins exerçant dans les deux secteurs, avec prise de rdv plus rapide en privé). La tarification à l’activité a des effets pervers. Les tâches bureaucratiques croissent au détriment du soin. La charge de travail s’est alourdie avec les 35h non compensées par des créations de poste suffisantes. Les CDD se multiplient avant titularisation. Certaines fonctions ne sont pratiquement plus assurées (suivi en ville de patients après un séjour en psychiatrie). Bref, l’hôpital de Morlaix souffre, et ses personnels avec lui.

L’accès aux soins en EHPAD

Les EHPAD, qui accueillent les personnes âgées dépendantes, ont connu de vifs conflits sociaux. Leurs salarié.es dénoncent un manque de moyens préjudiciable à la qualité des soins et aux relations humaines. L’EHPAD de l’hôpital demande à être rénové (il reste encore des chambres à deux lits). La ville a en gestion, via le CCAS, l’EHPAD de La Boissière (92 places + 2 en accueil provisoire) qui a fait l’objet de travaux récemment. Le taux d’encadrement (personnel/résidents) dans ces structures se situe dans la moyenne mais ne suffit pas pour que chaque résident puisse bénéficier de l’attention nécessaire, sans même parler des temps de coordination et de formation qui font défaut, alors qu’ils seraient indispensables pour donner du sens à des métiers dont l’utilité sociale est sans commune mesure avec la rémunération. Et l’accès à un dentiste ou à un ophtalmologiste reste problématique (des solutions techniques existent : cabinet mobile).

Cela demande de l’argent ? Certes mais, globalement, à condition de faire jouer la solidarité nationale, la génération qui atteint le grand âge a largement de quoi financer une prise en charge digne de tous ses membres. Il suffirait de prélever des droits supplémentaires à hauteur de 1% du patrimoine transmis lors des successions pour améliorer considérablement les dernières années de vie des personnes âgées dépendantes. N’est-il pas absurde de sacrifier leur dignité à de menus avantages pour leurs héritiers ? À ce problème d’équité intergénérationnelle s’en ajoute un autre : si les frais d’hébergement ouvrent droit à des aides pour les plus pauvres et à des réductions d’impôts pour les plus riches, les catégories intermédiaires paient plein pot.

Un centre de santé au centre-ville ?

Ouvrir un centre de santé au centre-ville (avec des personnels médicaux salariés) aurait de nombreux avantages : désengorger les urgences, résoudre les difficultés d’accès à un médecin référent ou à un dentiste, faciliter l’accueil des plus démunis et les actions de prévention. La sécurité sociale finance ce type d’établissements en fonction du nombre d’actes/consultations. Toutefois, outre l’investissement (locaux), les communes qui ont fait ce choix ont un reste à charge de l’ordre de 15% des dépenses de fonctionnement. On observe donc un transfert des dépenses de santé de la sécurité sociale vers les communes. Ce projet mériterait d’être soumis à l’avis d’une conférence citoyenne.

Mutuelle communale : une bonne idée ?

Une « mutuelle communale » n’est pas à proprement parler une mutuelle : une commune (ou un CCAS) propose à des habitants de servir d’intermédiaire entre eux et les assureurs (mutualistes ou non) pour obtenir des tarifs plus avantageux et faciliter l’accès à une complémentaire santé. On reste dans une logique de marché, avec mise en concurrence des prestataires. Mais si l’objectif est que tout le monde soit « bien couvert », il faut lutter pour une extension du champ de la sécurité sociale garantissant les mêmes droits à tous, avec la suppression des complémentaires qui ont des frais de gestion bien supérieurs à ceux de la Sécu. Et, en attendant cette transformation structurelle, ne vaut-il pas mieux combattre le non recours aux dispositifs existants, comme la complémentaire santé solidaire, plutôt que conforter la marchandisation du système de santé ?

Renforcer la prévention

La santé est aussi affaire de prévention. Elle est trop souvent négligée, ce qui constitue une aberration sur le plan de la qualité de vie et de la gestion collective (ce qu’on dépense en prévention est largement couvert par les économies réalisées sur les soins). La commune peut agir de différentes manières : accompagner la parentalité autour de la petite enfance sur des thématiques telles que le sommeil, l’alimentation, l’usage des écrans ; prévenir les méfaits de la sédentarité en développant le sport pour tous ; lutter contre la présence dans l’air, l’eau et l’alimentation des perturbateurs endocriniens et des cancérogènes/mutagènes/reprotoxiques par une politique écologiste en matière de déplacements, d’agriculture/alimentation, de gestion des déchets. Tout un programme !

Un Commentaire

  1. françoise pacciarelli

    c ‘est sur que morlaix manque de medecin dans toutes les specialites c ‘est un minimum d ‘attente de 6 a 8 mois quand on trouve le specialiste qui vient faire ses consultations a la clinique de la baie pour la plupart!!! un grand manque la population vieillit mais cela rajeunirat la population ou on aura un desert! moi j ‘ai trouvé un medecin traitant acceptant de me prendre mais il y a une petite attente finit la queue dans la salle d’attente !!!!!

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