Lettre n° 22 : Redonner l’envie d’habiter ici

La population de Morlaix est passée de 19 919 habitants en 1968 à 14 721 en 2016. La baisse s’accélère et, depuis 5 ans, Morlaix perd en moyenne 176 habitants chaque année. Elle se situe aujourd’hui à la cinquième place des villes du Finistère. Les causes de ce déclin sont multiples : marasme économique, impôts trop élevés… Mais l’habitat en tant que tel a aussi sa part et, pour redonner l’envie d’habiter ici, il faut agir sur le logement.

Trop de logements vacants et vétustes

En 2018, on dénombre 1400 logements vacants à Morlaix, soit environ 14% du parc, contre 83% de résidences principales et 3% de secondaires. C’est le plus fort taux de vacance des villes bretonnes de plus de 10 000 habitants. Et 1/4 des logements vides le sont depuis plus de 10 ans. Plusieurs phénomènes se conjuguent pour expliquer ce phénomène préoccupant : un habitat majoritairement ancien et parfois dégradé, des logements mal adaptés au vieillissement, des accès aux étages supprimés (l’étage sert – ou servait – de réserve pour le magasin, le reste demeurant vide), un marché locatif en berne avec la chute de la population, qui n’incite pas à investir. Dans ce contexte, le coût de l’immobilier est l’un des plus faibles du département, ce qui facilite l’acquisition. Mais les travaux de rénovation sont souvent coûteux. Et les perspectives de valorisation incertaines ou la méfiance des propriétaires vis à vis de locataires indélicats freinent l’investissement locatif.

Quels outils pour favoriser la rénovation et lutter contre la vacance ?

Les OPAH (opérations programmées d’amélioration de l’habitat) permettent d’accéder à des aides financières dans le cadre de conventions entre la collectivité, l’État et l’agence nationale d’amélioration de l’habitat. Elles sont de la compétence de la communauté d’agglomération. Plusieurs ont déjà été menées à l’échelle du territoire. L’une d’elles a notamment concerné les copropriétés, une autre visant à rendre l’habitat « durable et solidaire ». Mais il reste encore nombre d’appartements qui sont des passoires thermiques, ce qui place leurs occupants dans une situation de précarité énergétique. Et il faut aujourd’hui lancer une OPAH dite de « renouvellement urbain », ciblant les zones les plus en difficulté avec des aides majorées. St Brieuc, Lamballe, Quimper s’appuient déjà sur cet outil, et Lannion vient de l’adopter. Morlaix pourrait s’y mettre en lançant un programme ambitieux de rénovation en lien avec le dispositif « action cœur de ville ».

Un patrimoine bâti d’exception

Morlaix abrite environ 170 maisons à pans de bois. C’est la deuxième ville de Bretagne en la matière après Rennes. Les traces de la ville médiévale enclose restent visibles et, au nord du viaduc, la forme du port au XVIIIème se lit dans les alignements des façades. Les places gardent un caractère théâtral, tandis que les circuits des venelles irriguent les pentes. Le théâtre, la Maison Penanault, la maison de la reine Anne sont des marqueurs monumentaux du centre urbain.

Il est important de préserver ce patrimoine et de le rénover en respectant son caractère historique. Seule ville du Finistère possédant un secteur sauvegardé, la collectivité a signé, avec l’État (DRAC) et Morlaix Communauté, un « Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur » qui concerne environ un millier de maisons (trop pour une réelle efficacité ?). Cette action vise à mieux connaître le patrimoine, à inciter les propriétaires à entreprendre la restauration soignée de leurs biens par un financement adapté et à valoriser les compétences des artisans locaux. Mais ne cachons pas les difficultés de mise en œuvre : les contraintes qualitatives ont pour effet de renchérir les coûts.

Les lotissements traditionnels : impasse ou voie d’avenir ?

Les lotissements en périphérie de ville rencontrent l’aspiration d’un bon nombre d’habitant.es pour qui le pavillon individuel représente une forme d’idéal, mais leur extension implique une consommation croissante de terres agricoles et des besoins accrus de déplacement (c’est pour freiner ces dérives qu’on cherche désormais à utiliser les « dents creuses » et qu’on limite la taille des lots). Le plan de masse d’un lotissement donne à chacun un terrain plus ou moins carré, sans âme, où il faut tout inventer et qui renforce l’isolement. La stupidité de certains règlements a jadis conduit à tourner systématiquement la façade principale des maisons vers la rue au lieu de l’orienter en fonction du soleil. Et l’environnement n’est pas toujours respecté (exemple, le dernier lotissement de Penlan non loin de la caserne des pompiers : arbres supprimés, drainage).

Autres interrogations sur ce modèle : à Morlaix, actuellement, les projets correspondent uniquement à des opérations privées, alors que les opérations communales sont habituellement plus accessibles financièrement pour les ménages. Et ce sont surtout les communes voisines qui développent des lotissements en périphérie de la ville.

L’écohabitat : un levier négligé

Une démarche d’écohabitat peut se décliner à différents niveaux. D’une part, elle peut se traduire par des chantiers de rénovation visant à améliorer la qualité des logements (matériaux sains) et à économiser l’énergie en privilégiant les ressources locales et renouvelables. Elle peut également concerner des constructions neuves appliquant ces mêmes principes pour tendre vers des habitats « passifs » (à consommation d’énergie extérieure nulle) – ce qui n’est pas forcément plus écolo quand l’ancien reste à l’abandon.

D’autre part, elle peut prendre la forme d’un écoquartier. Outre la construction de bâtiments sains et économes, celui-ci se caractérise par la préservation du cadre naturel existant (ou sa restauration), par la mise en place d’espaces partagés (laverie, atelier, salle de réunion), par un aménagement donnant la priorité aux modes de déplacements doux et aux transports collectifs et par la recherche d’une réelle mixité sociale. Et les habitant.es sont associé.es à la conception du projet. Il s’agit de traduire dans l’espace les valeurs d’écologie, santé, partage, convivialité, participation… A Morlaix, aucun projet d’ampleur n’a vu le jour ni en matière d’écoquartier, ni en matière de chantiers de rénovation alors que les besoins et les perspectives d’emploi sont considérables.

Le contexte urbain est déterminant

Il y a donc beaucoup à faire pour améliorer la qualité de l’habitat urbain. Mais cet axe majeur doit s’accompagner d’une politique globale visant à rendre la ville plus dynamique et le fait d’y habiter plus désirable, afin que l’offre rencontre une demande.

2 Commentaires

  1. Votre texte nous rappelle toutes les procédures existantes comme tout bon élève.
    Mais même en baissant encore le prix, cette ville ne s’en sortira pas.
    Pas plus en piochant 5 ou 10 mesures du Pacte de transition.
    Il faut une approche globale et systémique.

    • Nous ne piochons pas 5 ou 10 mesures dans le pacte de transition. La plupart des mesures du pacte de transition sont celles que nous portons, depuis les élections de 2001 pour plusieurs d’entre nous (contrairement à d’autres qui découvrent l’écologie depuis 2 mois et qui se sont souvent opposés aux propositions émanant des écologistes quand ils avaient les leviers politiques pour les mettre en œuvre, à Morlaix ou à Morlaix Co). Nous validons toutes les propositions du pacte. Nous en avons même ajouté d’autres (nous avons une cinquantaine de propositions rien que pour la dimension « écologique », et nombre d’autres qui concernent la démocratie, la justice et la solidarité, l’urbanisme, l’emploi, etc.).

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