Lettre n° 21 : Pour une véritable politique sportive dans la ville

Dans notre société où la peur de l’autre et l’exclusion sont trop souvent présentes, le sport est un vecteur d’intégration. Il socialise aux règles collectives et au respect de l’autre. En ce sens, la politique sportive municipale doit porter des finalités claires. Elle doit être beaucoup plus qu’une simple attribution de subventions ou une gestion d’équipements, car le sport c’est avant tout des relations humaines.

Les moyens mis en œuvre par la ville

La ville met des installations et des personnels à disposition des écoles et des clubs sportifs. Le service des sports compte 11 salariés permanents (hors piscine), dont un animateur scolaire (d’autres personnels sont recrutés ou associés de manière temporaire pour l’opération « ticket sport »). Et 7 personnes travaillent à la piscine de La Boissière, qui est restée à charge de la ville alors que son transfert à Morlaix Communauté devait en principe accompagner l’entrée en activité de la piscine de Saint-Fiacre. De la même façon, la ville a choisi de construire elle-même un mur d’escalade alors que la Communauté était disposée à le faire. Cet isolement est coûteux, et ce sont autant de moyens qui pourraient être utilisés ailleurs. Il faut renouer le partenariat avec la Communauté.

Refonder une démarche collective

Un Office Municipal des Sports (OMS) est une association créée dans le but de « réfléchir et d’agir pour répandre dans la commune la meilleure politique possible de l’éducation physique et sportive et du sport, de contribuer à l’élaboration de la politique sportive locale selon une conception humaine et d’aider à sa mise en œuvre » (statut type des OMS). A Morlaix, l’OMS, qui officiait depuis 70 ans, a cessé son activité en mars 2019. Il regroupait l’ensemble des acteurs du sport local, constituait un interlocuteur de la municipalité, définissait des critères de répartition des subventions et organisait la promotion du sport. Son fonctionnement n’était sans doute pas exempt de critiques, mais sa disparition est préjudiciable tant aux clubs qu’à la collectivité.

Pour bâtir une politique communale du sport, il est indispensable de réunir à nouveau l’ensemble des associations sportives et éducatives, afin de dresser un bilan et d’envisager les actions et moyens à mettre en œuvre pour engager une démarche collective. Ceci peut se faire dans le cadre d’une conférence thématique à l’issue de laquelle les acteurs devraient mettre en place un nouvel OMS ou une Maison du sport, partenaire incontournable des élus et des fonctionnaires municipaux.

Le sport participe à l’éducation des enfants

En lien avec l’ensemble des acteurs, la ville doit également initier un véritable projet éducatif territorial à l’attention de la jeunesse, avec un parcours éducatif sportif sur les temps scolaire et périscolaire. Sur le temps scolaire, certaines collectivités font le choix de recruter des éducateurs territoriaux des activités physiques et sportives (ETAPS), qui interviennent en complémentarité des professeurs des écoles maternelles et primaires. Ce choix a un coût et il doit être mis en balance avec d’autres outils. Sur le temps périscolaire, les associations sportives sont des partenaires incontournables. Le sport doit contribuer à la mixité sociale et de genre et faire des jeunes des « citoyens du sport » en leur apprenant les règles collectives et le respect de l’autre dans toute sa diversité.

Favoriser l’accès au sport pour tous

Pour l’accès aux clubs sportifs, la question de tarifs ou d’aides variant en fonction du quotient familial doit être posée, pour que l’argent ne fasse pas obstacle à la pratique.

Autre levier d’action, dans les quartiers, mais aussi au centre-ville, il faut des espaces sportifs libres d’accès pour les jeunes comme pour les adultes (et accessibles aux personnes à mobilité réduite). On pourrait organiser des temps forts sur ces espaces ouverts et faire se rencontrer sport libre et sport en clubs. Par ailleurs, une ville ne peut ignorer ses seniors. Un plan de sport senior est aussi à mettre en œuvre, avec des activités adaptées et encadrées. Les projets ne doivent pas être imposés mais discutés avec les utilisateurs et acteurs locaux, car se respecte ce qui est construit collectivement. Et la collectivité doit s’adapter aux nouvelles pratiques. Il a fallu attendre plus de dix ans pour que des jeunes qui en faisaient la demande obtiennent un skate park. Aujourd’hui, ces demandeurs sont devenus majeurs et ne sont plus tous Morlaisiens.

Quels équipements pour les clubs ?

Deux mandats complets se sont écoulés avant que les élus actuels n’élaborent un plan pluriannuel d’investissements sportifs (pour un montant de 2,5 millions d’euros, non financé). Certains choix nous semblent discutables. En particulier, est-il opportun de construire des terrains de football synthétiques alors qu’il y a des engagements nationaux et internationaux pour réduire l’utilisation des plastiques ? Est-ce le seul moyen de répondre à la problématique des terrains impraticables en période de forte pluviosité (les Britanniques ont beaucoup moins de terrains synthétiques que nous) ? La question mérite un large débat (clubs, pratiquants, parents), d’autant plus que la toxicité pour la santé humaine de certains types de terrains synthétiques a été prouvée et que de nombreux professionnels dénoncent la fréquence accrue des blessures.

Des temps fort rassembleurs

Le sport est un vecteur d’animation de la ville. L’organisation de temps forts ouverts à tous en collaboration avec les clubs est une idée à discuter collectivement entre tous les acteurs. Pourquoi ne pas envisager de rendre la ville piétonne, par exemple un dimanche par trimestre, et d’y organiser les « dimanches du bien-être », avec des petits matchs, courses, parcours sportifs… encadrés par les éducateurs des clubs. La journée au fil de l’eau pourrait également avoir lieu de manière plus fréquente.

Des investissements au coup par coup centrés sur les grands équipements ne sauraient tenir lieu de politique sportive. Les moyens sont limités, mais le projet doit être celui du sport pour tous et il ne peut se construire qu’avec la participation de tous.

Laisser un commentaire