Lettre n° 16 : Des déplacements doux pour oxygéner la ville ?

Insécurité, congestion, bruit, pollution, colonisation des espaces, dégradation du patrimoine : la priorité à la voiture asphyxie la ville, favorisant le départ des habitants et la fermeture des commerces. Vélo et marche représentent-ils une alternative ?

Les atouts du vélo et de la marche

La moitié des déplacements font moins de 4 Kms. Sur ces distances, le vélo s’avère plus rapide que l’automobile « de porte à porte ». Comme la marche, il est économe en aménagements urbains et peu gourmand en espace public (en stationnement, 10 vélos = 1 voiture).

Selon une enquête de la fédération des usagers de la bicyclette (FUB), piétons et cyclistes sont des acteurs économiques importants, notamment pour le commerce de centre-ville. Ils dépensent en moyenne deux fois plus que les automobilistes (et on peut transporter jusqu’à 10 kgs à pied et 30 kgs à vélo).

En outre, marcher et faire du vélo, c’est avoir une activité physique régulière, ce qui répond à un important enjeu de santé publique.

Pas facile de se déplacer à vélo et à pied au quotidien

La topographie de la ville n’est pas vraiment favorable au vélo. Il faut un certain courage pour en affronter les dénivelés à la force du jarret. Mais les vélos à assistance électrique (600 ventes en 2018 sur la région de Morlaix) éliminent les contraintes de relief. Et, n’en déplaise à Mme Le Brun, leur percée était prévisible depuis déjà longtemps (ils ont été présentés à Morlaix lors des « journées sans voiture » il y a plus de 20 ans).

Les véritables problèmes sont tout autres. Piétons et cyclistes rencontrent inconfort et insécurité dans leurs déplacements quotidiens. L’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite est compromise par le mauvais état des trottoirs et des bordures, les cheminements sont semés d’obstacles (mobilier urbain, terrasses, enseignes, voitures en stationnement), la zone 30 peu cohérente, les passages protégés peu sécurisés, les pistes cyclables peu nombreuses en ville et dans le périurbain, la combinaison vélo/train ou vélo/bus difficile voire impossible.

Beaucoup de chemin reste donc à parcourir. L’enquête réalisée par la FUB en 2017 classait Morlaix à l’avant dernière place des villes bretonnes de même importance en matière d’aménagements cyclables.

Le vélo, vecteur de fréquentation touristique

Le cyclotourisme est en forte expansion en Bretagne. Le comité régional du tourisme estime à 57 euros par jour la dépense moyenne d’un cyclotouriste et à près de 25 millions d’euros par an les retombées économiques directes des véloroutes et voies vertes.

La ville est traversée par deux vélodyssées mais le cyclotouriste qui s’y arrête n’y trouve aucune possibilité de stationnement sécurisé de son vélo et du matériel qu’il transporte. Une consigne en centre-ville répondrait à un besoin pour les cyclotouristes, et elle servirait aussi aux morlaisiens tout au long de l’année.

Partager la rue, mais selon quels principes ?

Le centre ville, lieu de rencontres et de tensions, est au cœur d’une obligation de partage. Avec quelles priorités  ? Faut-il permettre aux voitures de stationner au plus près des commerces et des services, avec une injonction de prudence aux piétons et cyclistes ? Ou faut-il, comme le demande un décret de 2008, concevoir les espaces publics selon une hiérarchie qui va du piéton au cycliste puis au transport en commun et enfin à la voiture ?

La récente loi sur la mobilité (LOM) a créé de nombreux leviers en vue de favoriser la pratique du vélo : apprentissage de la mobilité à vélo avant l’entrée au collège ; évolution du code de l’environnement pour rendre obligatoire la réalisation de réseaux cyclables complets ; amélioration de la complémentarité vélo/train et vélo/autocar; création d’un « forfait mobilités durables » sous la forme d’une prime vélo défiscalisée (jusqu’à 400 euros par an à l’initiative des employeurs). Les mobilités douces y sont reconnues comme l’un des éléments de réponse au défi climatique

Pour une vision à moyen/long terme

Se déplacer est une nécessité dans notre société, où les fonctions sont éclatées dans l’espace (habitat, travail, éducation, commerce). Il n’y a pas de réponse unique mais une alchimie locale pour rechercher des solutions. Mais, pour le vélo comme pour les piétons ou les personnes à mobilité réduite, rien de cohérent ne peut se faire sans une planification s’appuyant sur un schéma d’ensemble.

Or, à Morlaix la question du moyen/long terme n’est pas posée. La première bande cyclable a été peinte à la va-vite à la veille de l’élection de 2001 parce que l’une des listes en présence reprochait au maire de l’époque de n’avoir rien fait pour favoriser la pratique du vélo. Depuis lors, de nombreuses rues ont été rénovées sans aucun aménagement cyclable. Les réponses continuent à être improvisées au coup par coup et marquées par le court terme…. et l’absence de véritable concertation avec l’agglomération.

De son côté, celle-ci a entrepris des études pour élaborer un schéma cyclable à l’échelle du territoire. Bravo, mais ne soyons pas naïfs. Losqu’il s’agira de passer à l’opérationnel et de mettre la main à la poche, il faudra veiller à ce que les élus communautaires ne laissent pas la pression de l’immédiat l’emporter sur la vision à moyen/long terme.

Comment faire pour avancer ensemble ?

La réussite passera par trois ingrédients. D’abord, une vision globale, dans le temps et l’espace, avec un plan de mobilité articulant ville/agglo et prenant en compte l’ensemble des nouvelles formes de mobilité, avec des objectifs de lutte contre l’étalement urbain, contre la pollution de l’air et pour la préservation de la biodiversité. Ensuite, le respect de la hiérarchie des priorités présentée ci-dessus et la recherche constante du mieux disant en matière environnementale, économique et sociale. Enfin, la mise en place d’une méthode participative : lorsque nous nous déplaçons, nous sommes usagers de l’espace public et, à ce titre, porteurs d’une expertise d’usage.

Un Commentaire

  1. Excellente analyse comme souvent.
    Mais au bout, ça reste des propositions vagues.

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