Lettre n° 11 : Coopérer pour avancer

Quand d’autres communes s’organisent en réseau pour mettre en œuvre la transition écologique (terme préférable à celui de « développement durable »), Morlaix reste à l’écart et agit peu. Pourtant, une commune peut tirer parti des expériences menées par d’autres et du partage de services. En voici trois exemples.

BRUDED, un réseau d’échanges d’expériences

BRUDED (Bretagne rurale et urbaine pour un développement durable) est une association créée en 2005 qui regroupe aujourd’hui plus de 160 communes et intercommunalités des 5 départements bretons. Dans le territoire de Morlaix Communauté, 12 communes y adhèrent. La structure met en réseau les expériences des différentes collectivités à travers des visites de terrain, des rencontres thématiques, des fiches de mutualisation, des ateliers, un site internet, des lettres d’information mensuelles… Elle emploie 6 personnes, dont 4 sont chargées d’accompagner les communes dans différents domaines : participation citoyenne, aménagement d’espaces publics, lotissements et quartiers durables, projets alimentaires de territoire, cantines en bio et local, tourisme durable, etc. Une commune comme Le Cloître-Saint-Thégonnec a ainsi utilisé les compétences de BRUDED pour réaliser un aménagement participatif et en ressources locales de la place du bourg et mettre en place une cantine à plus de 50% en bio et local.

Prenons un autre exemple, celui des « écoquartiers ». Il s’agit d’un label national décerné à des projets de quartiers respectant certaines caractéristiques : pilotage et évaluation associant les habitant.e.s, mixité sociale, prise en compte des enjeux environnementaux et climatiques dans la construction des logements et l’équipement du quartier (transports, eau, énergie, déchets, biodiversité), aménagement visant à favoriser le lien social… Plusieurs communes bretonnes se sont lancées dans cette démarche en s’appuyant sur BRUDED, qui a joué à la fois un rôle d’incitateur et de facilitateur. A Morlaix, en revanche, aucun élu de la majorité municipale n’est sensibilisé à cette question, et la proposition d’écoquartier sur le site de l’ancienne école de Troudousten a été écartée d’un revers de la main.

HEOL, agence locale de l’énergie et du climat

Heol (« soleil » en breton) est une association qui emploie 7 salariés, soutenue par l’ADEME (agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Elle accompagne les particuliers et les collectivités locales du pays de Morlaix dans la voie des économies d’énergie. L’agence Heol, à laquelle adhèrent une trentaine de communes, offre notamment un « conseil en énergie partagé ». Il s’agit de réaliser un diagnostic sur l’ensemble du patrimoine communal puis de proposer des améliorations pour réduire les consommations d’eau et d’électricité. Certaines propositions n’impliquent pas de dépenses particulières et peuvent être mises en œuvre sans délai. D’autres nécessitent des investissements (travaux de rénovation, changement de matériel). La collectivité décide alors de les financer ou non en fonction des économies attendues. L’objectif est double : réduire les dépenses et limiter les émissions de gaz à effet de serre.

L’agence Heol offre d’autres services. Ainsi, elle accompagne la mise en place du plan climat-air-énergie territorial de Morlaix communauté. Très récemment, elle a également réalisé un diagnostic du potentiel photovoltaïque des toitures des bâtiments communautaires. Et elle vient d’organiser des réunions d’information sur les projets citoyens de production d’énergies renouvelables (avec une faible participation des élus locaux mais une forte participation des citoyens, ce qui montre que les premiers sont sans doute en retard sur les attentes des seconds).

La commune de Morlaix reste malheureusement absente de cette dynamique. Non adhérente à Heol, elle n’a pas de réelle politique d’économies d’énergie et elle fait l’impasse sur le potentiel photovoltaïque des bâtiments qu’elle construit.

Le réseau des villes en transition

Le mouvement des villes en transition s’appuie sur les travaux de Rob Hopkins. Il a pour point de départ l’année 2006 et la ville de Totnes (8000 habitants, Angleterre), où une multitude de projets ont fleuri, impliquant des centaines de citoyens dans la relocalisation de l’économie. L’objectif central est de sortir de « l’addiction aux énergies fossiles » afin de faire face à l’érosion des ressources, limiter le changement climatique et s’y adapter au mieux.

Le mouvement s’est ensuite diffusé dans le cadre d’un « réseau international de la transition », dans lequel 150 villes ou territoires français sont aujourd’hui engagés. Ce sont les initiatives citoyennes qui sont au cœur du processus, les municipalités constituant des points d’appui. La démarche est relativement codifiée (il y a un cadre avec un ensemble d’étapes et de principes à respecter) mais elle se décline localement, chaque territoire devant trouver sa propre voie. Elle se veut résolument positive, concerne tous les domaines ayant un impact sur les écosystèmes (énergie, habitat, transport, déchets…), vise à la « résilience » (entendue comme la capacité à s’adapter aux conséquences du changement climatique), à l’autonomie, à la création d’emplois locaux, au renforcement du lien social.

L’utilité de ce réseau est de faire connaître les initiatives et d’apprendre des expériences réalisées ailleurs (des milliers de personnes sont venues à Totnes pour s’en inspirer).

Le rôle d’impulsion des collectivités locales

Les communes ont des leviers pour agir sur la transition écologique. Elles peuvent donner l’impulsion en montrant l’exemple à travers leurs propres réalisations et en soutenant les initiatives citoyennes. Leur mise en réseau permet aux nécessaires changements de progresser de manière virale. Et, s’il est peu probable que la transition écologique puisse être menée à terme sans remise en cause du capitalisme mondialisé, l’action concrète au niveau local est néanmoins porteuse d’avancées et d’espérances. Hier Morlaix a choisi l’inertie plutôt que l’action, il peut en être autrement demain.

2 Commentaires

  1. musslindominique@gmail.com

    Votre propos en partie capturé sur wikipédia interprète souvent les faits.

    Bruded diffuse expérience et réalisation apmupres de ses membres.
    Mais 90% des réalisations menées durant ce mandat dans les bourgs bretons ce sont des communes qui ont répondu à l’appel à projets de la Région Bretagne.
    Région qui a financé les études et apporte un gros coup de pouce aux réalisations.

    Morlaix en tant que ville a systématiquement omis d’y répondre.
    Sauf en session de rattrapage

    Votre propos laissant croire à l’initiative locale et associative est très largement exagéré.

    • 1) Les informations sur Bruded proviennent de personnes qui sont membres du conseil d’administration. Le fait qu’on trouve des informations similaires sur wikipedia ne pose a priori pas de problème.
      2) De quel appel à projets parlez-vous et à quoi correspond votre « 90% » ? La région lance des appels à projet dans différents domaines : c’est l’un de ses rôles. Vous semblez dire que c’est à la Région qu’il faut attribuer le mérite de ce qui se fait localement en matière de transition écologique (si je décrypte bien le sens de votre commentaire). Mais, d’une part, rien ne se ferait sans l’engagement et la détermination des élus directement concernés (vous le reconnaissez vous-même en évoquant l’inertie morlaisienne, également signalée dans la lettre), et c’est là que l’intervention de Bruded est importante . D’autre part, les appels à projet de la Région ne tombent pas du ciel, et le réseau Bruded peut aussi participer à ce qu’ils soient davantage orientés vers la transition écologique.
      D’ailleurs, d’aucuns trouvent la Région bien frileuse en ce domaine, mais c’est un autre débat…

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