Lettre 19 : Vers le « Grand Morlaix » ?

La question du Grand Morlaix n’est pas nouvelle. Elle revient aujourd’hui avec d’autant plus d’acuité que la ville n’a plus la taille critique ni les moyens financiers qui lui permettraient d’assumer un rôle de locomotive du territoire.

Les occasions manquées

1959 : Morlaix, 15000 habitants, commune riche par rapport à ses voisines, est à l’étroit dans ses frontières communales, avec une superficie totale de moins de 4 km2. Les habitants de Ploujean (plus de 3000 à l’époque), notamment ceux qui résident à Troudousten, Coatserho et autres quartiers urbains, demandent à y être rattachés. Malheureusement, Saint-Martin reste à l’écart du processus. Morlaix atteindra sa population maximale (20000 habitants) à la fin des années 60.

Années 70-80 : Un projet de « district urbain » entre Morlaix, Saint-Martin, Plourin et Sainte-Sève, échoue. Il aurait permis de mettre en commun des compétences essentielles avec la perspective d’avancer vers une éventuelle fusion.

1995 : L’ex « ville bourgeoise » se dépeuple et se paupérise. En 30 ans, Morlaix a perdu plus de 3000 habitants et Saint-Martin en a gagné 2000. Les écologistes conditionnent leur participation aux listes de gauche morlaisienne et saint-martinoise à la préparation d’un projet de fusion devant être soumis à la population des deux communes. Mais l’engagement écrit signé par les futurs maires, R. Fily et M. Lebranchu, ne sera pas tenu.

Surmonter les écarts de fiscalité

Aujourd’hui Morlaix ne compte plus que 14500 habitants. Les impôts sont au cœur du problème. En effet, d’une part, l’excès de pression fiscale de Morlaix par rapport aux communes voisines provoque la fuite des classes moyennes et la paupérisation de la ville. D’autre part, cet écart constitue un obstacle majeur au Grand Morlaix : même s’il y va de la justice fiscale, la perspective de devoir payer plus n’est guère enthousiasmante pour les Saint-Martinois, Plourinois et autres Ignaciens.

La suppression programmée de la taxe d’habitation lève désormais l’obstacle pour les locataires. Seuls les propriétaires verront leur taxe foncière impactée par une fusion. Cela peut être acceptable pour eux à deux conditions. Premièrement, il faut un lissage sur une dizaine d’années pour éviter toute hausse brutale. Deuxièmement, le niveau cible de la taxe doit être plus faible qu’à Morlaix aujourd’hui pour que l’effort reste supportable. Autrement dit, la taxe foncière doit baisser à Morlaix.

Cela sera possible si Morlaix Communauté accepte de prendre en charge certains équipements et fonctions de centralité : le théâtre, le parc de Langolvas, l’éventuelle liaison ville haute-ville basse, la piscine de La Boissière, pour lesquels il y a déjà un accord de principe (seule la volonté de Mme Le Brun de les garder sous sa coupe a empêché leur transfert), mais également le Musée, que Morlaix n’a de toute évidence pas les moyens de rénover et que Morlaix Communauté se refuse pour l’instant à prendre en charge.

En prenant en compte l’appui de Morlaix Communauté, les recettes supplémentaires découlant d’une population accrue, l’aide financière de l’État aux « communes nouvelles » et les économies susceptibles d’être réalisées, l’effort demandé aux habitants des autres communes restera acceptable au regard des avantages attendus du Grand Morlaix.

Le nécessaire sursaut

Notre territoire a besoin d’un sursaut. Il doit rompre avec la morosité et croire en son avenir. Pour cela, il faut poser des actes forts, le Grand Morlaix en est un.

La taille de la ville a un effet direct sur sa capacité à financer des services en matière de culture, de sports, de loisirs, ainsi que sur les projets qu’elle peut mener, par exemple en matière de transition écologique et d’habitat. Elle a aussi une incidence sur le maintien des services publics menacés (hôpital, commissariat, sous-préfecture, tribunaux, impôts) ou sur leur développement futur (enseignement supérieur). Le Grand Morlaix renforcera l’attractivité du territoire pour les étudiants, les jeunes actifs, les créateurs et investisseurs potentiels, les touristes. En ce sens, il sera créateur d’emplois.

Une fusion bien menée se traduira également par une mutualisation des moyens humains et matériels qui permettra de réaliser des économies ou de redéployer les moyens existants vers de nouvelles missions. Elle assurera davantage de cohérence dans les travaux et dans la définition et l’application des réglementations (même s’il y a déjà un partenariat, notamment avec Saint-Martin, il faut aller plus loin).

Pour qui aspire à la justice fiscale et à une vraie démocratie, le Grand Morlaix passe par un redécoupage des communes. Il permettrait aux Plourinois et aux Ignaciens qui habitent dans les quartiers urbains ou péri-urbains éloignés des centres-bourgs de payer l’impôt et de voter là où ils participent à la vie sociale, ce qui n’est pas le cas aujourdhui.

Au final, avec une ville de 20 à 30000 habitants (selon la configuration géographique choisie), redevenue le troisième pôle du Finistère et capable d’exercer un rôle moteur, l’ensemble du territoire bénéficiera d’un regain de dynamisme.

Une méthode pour réussir

Comment faire pour aboutir ? Soyons clairs, un tel projet n’est possible qu’avec l’accord de la population. Certains candidats préconisent une « consultation », mais le terme reste flou. JP Vermot évoque une instance de concertation « entre maires », mais la politique des petits pas, qui est suivie cahin-caha depuis 50 ans, a montré ses limites. A Le Brun quant à elle déclarait il y a peu, dans le Courrier des Maires : « Une consultation directe de la population renierait la valeur du conseil municipal (…). Ce n’est pas la bonne méthode. » À rebours de cette frilosité, Morlaix Alternative Citoyenne préconise la tenue d’un vrai référendum dans les communes concernées.

Ce référendum doit être précédé d’un travail de fond mené dans le cadre des états généraux de la ville. Ceux-ci associeront les élus de Morlaix Communauté et des communes, mais aussi les acteurs économiques et associatifs du territoire et, pourquoi pas, des citoyens tirés au sort. Et pour le vote sur le projet issu de ce travail, ayons confiance dans la capacité de citoyens bien informés à faire prévaloir l’intérêt général.

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